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Elmar Brok, député européen sortant

L’Allemand Elmar Brok a rejoint le Parlement européen en 1980. Huit législatures plus tard, il n’est pas candidat à sa réélection. C’est l’un des plus fins connaisseurs de la machinerie européenne qui tire sa révérence. Mais impossible pour le très influent politicien d’observer de couper net avec la vie d’eurodéputé : il semble avoir décidé que cette campagne, ce serait aussi la sienne.

«Tu veux interviewer Elmar Brok ? Tu es sûre..? » Evoquer un projet d’entretien avec l’eurodéputé allemand provoque nombre de réactions particulièrement mitigées. L’homme est connu pour sa causticité et sa virulence. « Fou furieux », « pervers narcissique », au sein du Parlement européen, ceux qui parlent de lui ne choisissent pas les qualificatifs les plus tendres. Dans son bureau règne une atmosphère glaciale. Et lors du premier entretien avec l’élu en vue de l’écriture de ce portrait, le 8 avril dernier à Bruxelles, il n’a que trop fait honneur à sa réputation.

N’en reste pas moins qu’après 39 années en service à Bruxelles et à Strasbourg, l’eurodéputé est l’un de ceux qui connaissent le mieux les rouages du Parlement européen. Année après année, il y  a occupé de nombreux postes, y a porté de multiples textes législatifs, y a élaboré tout type de stratégies, jusqu’à récemment devenir l’un des experts du Brexit au Parlement et un confident de Michel Barnier, qui pilote, depuis la Commission européenne, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Sans même être candidat, Elmar Brok pèse malgré tout de tout son poids sur la campagne.

Européen convaincu, Elmar Brok explique avoir d’emblée su que sa place était sur la scène européenne, plus que nationale. Etre élu au Bundestag, le Parlement allemand ? Très peu pour lui. Le temps et la logique à part du Parlement européen lui conviennent très bien, explique le député qui, pour avancer, s’est toujours armé de patience : 

La campagne en vue des européennes est, elle aussi, un moment à part. Et dans ce contexte particulier, certains veulent tout naturellement tirer profit de l’expérience d’Elmar Brok, de sa fine connaissance de la sphère institutionnelle et de son savoir-faire électoral. 

Pour les européennes en Allemagne, les partis composent des listes nationales. Une seule exception : le parti de la CDU/CSU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne/ Union chrétienne-sociale en Bavière), auquel appartient Elmar Brok, qui présente des listes régionales. En Rhénanie-du-Nord–Westphalie, d’où est originaire Elmar Brok (la région s’étend de Bonn à Münster), les cinq premiers candidats sur la liste sont tous des eurodéputés sortants. Peter Liese, Markus Pieper, Sabine Verheyen, Axel Voss ou Dennis Radtke connaissent déjà bien le fonctionnement de l’hémicycle européen, et n’ont donc pas forcément besoin des orientations de leur collègue Elmar Brok.

Selon Elmar Brok, la campagne 2019 est “inédite” à bien des égards.

Par contre, pour ceux qui n’ont aucune expérience à Bruxelles et à Strasbourg, Elmar Brok reste un interlocuteur de choix, ne serait-ce que pour savoir à quoi s’attendre dans la bulle européenne. Ses conseils aux débutants ? « Travailler selon ses convictions, se créer un réseau et trouver sa thématique de prédilection, pour devenir un spécialiste du sujet et, ainsi, se faire un nom. » Lui avait opté pour les relations internationales. Avant de prendre sa retraite, Elmar Brok, qui a toujours adoré s’entretenir avec des chefs d’Etat ou de gouvernement du monde entier, était président de la commission des Affaires étrangères au Parlement européen.

Le député allemand Gunther Krichbaum, président de la commission des Affaires européennes au Bundestag, revient sur la « méthode Brok » : 

« Elmar Brok a toujours été un adepte du franc-parler. Nous sommes des parlementaires, pas des diplomates ! Avec lui, pas de langue de bois. Cela l’a beaucoup aidé tout au long de sa carrière, en particulier en matière de politique étrangère. Il a toujours su se mettre à la place de ses interlocuteurs, pour comprendre leur point de vue, leurs arguments. C’est là une grande force, qu’il continue d’exploiter aujourd’hui. »

Le mystère Weber

Mais Elmar Brok ne prête pas main forte qu’aux « petits nouveaux ». L’expérimenté Manfred Weber, tête de liste du Parti populaire européenne (le PPE, auquel la CDU/CSU appartient), lui aussi allemand, échange aussi régulièrement avec ce « pilier » du Parlement. Les deux politiciens sont proches, et Elmar Brok ne cache pas avoir conseillé le « Spitzenkandidat » dans sa course vers la présidence de la Commission européenne : 

Rolf-Dieter Krause a travaillé comme correspondant à Bruxelles de l’ARD, l’une des grandes chaînes de télévision allemandes, de 1990 à 1994, puis comme chef de bureau de 1994 à 1995 et de 2001 à 2016. Il connaît très bien Elmar Brok, et sait comme « il fonctionne ». Le journaliste à la retraite témoigne : 

« C’est une simple supposition et je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, mais je ne serais pas étonné d’apprendre qu’Elmar Brok a conseillé Manfred Weber sur l’attitude à adopter vis-à-vis de Viktor Orban [le Premier ministre hongrois, qui multiplie les dérives  dans son pays, est à la tête du Fidesz, parti membre du PPE jusqu’à sa suspension en mars 2019, ndlr.] Le point faible de Weber, ça a toujours été de soutenir Orban. Quand le Parlement européen s’est exprimé, en septembre 2018, sur l’activation de la procédure de « l’article 7 » pour « risque clair de violation grave de l’Etat de droit » en Hongrie, Weber a voté pour. Peut-être sur le bon conseil de Brok, pour qu’on ne puisse lui reprocher de soutenir un dirigeant illibéral. Quoi qu’il en soit, Elmar Brok est quelqu’un qui a toujours préféré travailler dans l’ombre… »

Des meetings, encore et toujours

Même sans être candidat, Elmar Brok a joué un rôle central dans l’élaboration des programmes pour les européennes aussi bien du PPE que de la CDU/CSU. A l’un comme l’autre niveau, il est membre des comités directoires qui décident des thématiques prioritaires qui doivent composer la feuille de route politique des partis. 

Elmar Brok est arrivé au Parlement européen en 1980.

Elmar Brok continue aussi de participer aux multiples réunions publiques organisées par son parti avant le jour de l’élection, « autant que s’il avait été candidat », admet-il. Il ajoute qu’il ne « pourrait pas en faire plus qu’[il] n’en fait ». Et explique : 

Elmar Brok a été élu huit fois d’affilée au Parlement européen. Aucun doute : il sait comment faire campagne. Plus rien, ou presque, ne peut surprendre celui qui a participé à l’élaboration des traités européens de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice et de Lisbonne. Toutefois, il concède que cette campagne pour les européennes est inédite à bien des égards :

Il serait faux, toutefois, de penser qu’Elmar Brok quitte le Parlement de son plein gré. En amont des élections, à la surprise générale, il n’est pas parvenu à réunir suffisamment de soutien auprès de la direction de la CDU en Rhénanie-du-Nord–Westphalie. Certains y voient une erreur de calcul, d’autres pensent que le parti a préféré injecter du sang neuf dans ses rangs. Quoi qu’il en soit, Elmar Brok admet maintenant qu’il est temps pour lui de raccrocher son tablier. Et esquisse ses plans pour la suite :

Céline Schoen

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