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Janna Hartmann, intervenante dans les lycées

En 2014, 13% des Slovaques, 32% des Roumains, 42% des Français ou 57% des Italiens ont voté aux élections européennes. Cette année, les taux d’abstention risquent de rester tout aussi élevés. La Berlinoise Janna Hartmann a à coeur de renverser la vapeur : elle intervient dans les lycées pour expliquer le rôle de l’Union européenne et discuter avec les jeunes de l’intérêt de remplir ce devoir civique qu’est le vote.

À 27 ans, Janna Hartmann n’y va pas par quatre chemins : oui, l’Union européenne c’est compliqué, oui, « Bruxelles » a mauvaise presse et oui, il faut s’accrocher pour comprendre comment se décident les lois européennes. Mais la jeune femme applique une philosophie simple : si dans la vie, on abandonnait au premier obstacle, on ne ferait décidément pas grand-chose ! Alors Janna Hartmann a retroussé ses manches, s’est armée d’un carnet et d’un stylo et a couché sur le papier toutes ses idées, en vrac, pour réconcilier les citoyens et l’Union. 

Elle l’a vite compris : c’est parmi les plus jeunes que l’indifférence envers la politique européenne est la plus marquée. Alors, elle a décidé de prendre le taureau par les cornes, et d’intervenir directement là où elle aurait le plus de chances d’avoir un véritable impact : dans les écoles.

A 27 ans, Janna Hartmann est décidée à faire comprendre aux lycéens l’importance d’aller voter.

Ainsi, pendant cette campagne en vue des européennes, du 23 au 26 mai, pas question pour Janna Hartmann de dire qu’il faut voter en priorité pour l’une ou l’autre liste. Loin d’elle cette idée. Ce que la jeune fille dit haut et fort, c’est qu’il faut voter, point barre. Et dans le contexte des élections du Parlement européen, ce rappel est toujours utile.

Impliquer les citoyens

Janna Hartmann ne trime pas seule. Elle est membre d’un think-tank berlinois, Polis 180. Son pari ? Proposer des approches novatrices, participatives et inclusives pour rapprocher les citoyens de la politique. Un défi d’autant plus colossal à l’approche des élections européennes. 

Janna Hartmann a élaboré trois ateliers différents pour parler d’Europe dans les écoles.

Pour répondre au mieux aux besoins des lycéens qu’elle rencontre, Janna Hartmann et ses compères de Polis 180 ont élaboré trois concepts différents, adaptés au niveau de connaissance des uns et des autres et à leurs attentes. Elle explique : 

« Le premier concept est réservé à ceux qui n’y connaissent rien ou pas grand-chose à la politique et à l’Europe. On approche ces questions par la thématique de l’identité européenne – que veut-elle dire ? En a-t-on besoin ? A un moment, on en arrive toujours à parler de l’Union européenne et d’à quoi elle sert. Mais on ne va pas se mettre à discuter du fonctionnement du Parlement européen, et encore moins de celui de la Commission ou du Conseil ! »

Dans les classes où les jeunes sont un peu plus familiers avec la sphère politique, Janna Hartmann opte pour le deuxième niveau : 

« Il est un peu plus avancé. On évoque les institutions européennes, leur rôle respectif, on réfléchit à ce qui va et ce qui ne va pas, et surtout, on regarde dans quelle mesure les citoyens – c’est-à-dire eux – sont impliqués dans la prise de décision. »

Seuls ceux qui optent pour le niveau le plus avancé discutent directement de politique européenne. Les lycéens sont alors divisés en petits groupes chargés, respectivement, de réfléchir aux actions de l’Union en matière d’écologie, par exemple, ou d’éducation. Et Janna Hartmann de détailler : 

« Je les invite notamment à s’interroger sur le bon niveau pour prendre les décisions, domaine par domaine. En matière d’éducation par exemple, faut-il réfléchir à l’échelle européenne ? A l’échelle nationale ? Ou à partir d’un plus petit dénominateur commun ? C’est une question qui, habituellement, intéresse les classes. »

Les lycéens que rencontre Janna Hartmann ont entre 16 et 19 ans, et n’ont pas encore passé l’« Abitur », le grand examen avant d’entrer à l’université. A Berlin ou dans la région alentour, elle intervient autant dans des lycées généraux que techniques. Depuis le début de la campagne des européennes, elle s’est rendue dans six écoles. Et chaque intervention lui a réservé son lot de surprises : 

Et Janna Hartmann de résumer : 

« Les rencontres ont toutes été très différentes. Dans certaines écoles, on sentait que les élèves étaient très préparés, dans d’autres pas du tout. C’est certainement auprès de ces derniers que ma mission est la plus utile, car j’ai vraiment l’impression de leur offrir un bagage qu’ils pourront garder avec eux un bon moment. »

Une thèse à suivre ?

Janna Hartmann en a bien conscience : la matière qu’elle évoque n’est pas forcément des plus « glamours ». Et, en une heure et demi à chaque fois, difficile pour la jeune femme d’être exhaustive. Pourtant, elle se réjouit de l’accueil chaleureux qui lui a été réservé dans toutes les écoles et de la « vivacité » des débats qui ont suivi.

Janna Hartmann ne garde pas le meilleur souvenir de son premier détour par les urnes, après son 18e anniversaire.

Ces échanges sont d’autant plus importants que certains lycéens que rencontre Janna Hartmann s’apprêtent à voter pour la première fois aux européennes, le 26 mai. En Allemagne, la majorité est fixée à 18 ans. Celle qui vient de boucler un mémoire de fin d’étude à propos de la place qu’a occupé la question migratoire dans le débat public en 2015 témoigne : 

« Il y en a certains jeunes qui, d’emblée, me disent qu’ils n’iront jamais voter car cela ne ferait aucune différence. A moi d’être assez convaincante pour leur prouver le contraire et leur expliquer pourquoi se rendre aux urnes est utile. »

Janna Hartmann, pour sa part, n’a jamais douté de cette utilité. Il y a une dizaine d’années, quand elle a soufflé sa 18e bougie, elle était bien sûr « contente » de pouvoir aller voter. Mais elle s’est rendue aux urnes plus par devoir que par conviction : 

« Personne ne m’avait jamais rien expliqué, concernant la politique. J’étais une néophyte totale, et pourtant, je devais faire un choix. Ce n’était pas évident. Bien sûr, je voyais les affiches dans les rues, mais ça me passait par-dessus les têtes. Si on m’avait expliqué les choses, si on m’avait correctement informée, la politique m’aurait certainement intéressée plus tôt. »

C’est donc en repensant à sa propre expérience que Janna Hartmann a décidé de se lancer dans l’éducation à la politique dans les écoles. Pour cela, elle a dû parfaire sa connaissance de l’UE, pour pouvoir répondre aux interrogations des élèves. C’est là aussi qu’elle s’est rendue compte d’à quel point la politique européenne était le parent pauvre des journaux et autres émissions télévisées. Ce qui l’a encore un peu plus confortée dans sa volonté de mieux la faire comprendre.

Aux côtés d’une autre membre de Polis 180, Janna Hartmann tente d’intéresser les jeunes à la politique européenne.

Après les européennes, Janna Hartmann souhaite continuer à intervenir dans les écoles, mais sur des thèmes différents, selon l’actualité du moment. Et prendre un peu de temps pour elle : elle n’a pas encore décidé si elle veut se lancer dans l’écriture d’une thèse, « pourquoi pas en lien avec les affaires européennes », sourit-elle. 

Céline Schoen

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